« L’Escaut est vraiment un lien commercial entre les transformateurs et nous » raconte Bertrand Vancutsem
Acteur majeur du négoce agricole en Belgique, Walagri est le lien entre les producteurs et les industriels. Grâce à l’Escaut, véritable colonne vertébrale logistique, Walagri réalise des transports optimisés en temps et moins couteux d’un point de vue écologique. Rencontre avec Bertrand Vancutsem, directeur opérationnel de l’entreprise, qui explique les liens entre ce fleuve traversant une partie de la Belgique et les activités de Walagri.
Quelle est la relation entre Walagri et l’Escaut ?
Walagri, en tant que lien entre les industriels et les agriculteurs, doit transporter beaucoup de marchandises. Ces marchandises, on va les transporter en partie par camion, mais aussi par la voie d’eau. On transporte de 50 à 60% de nos volumes par voie fluviale, cela représente 250 à 200 000 tonnes de marchandises.
Quels types de marchandises sont transportés via l’Escaut ?
Ce sont essentiellement des céréales et des engrais. Les céréales, on va pouvoir les centraliser dans les infrastructures qu’on a en bordure d’eau, notamment au bord de l’Escaut, on a plusieurs sites dans la région de Tournai. Ces infrastructures nous permettent de ramener des céréales locales collectées dans nos dépôts de campagnes sur ces infrastructures pour pouvoir réaliser des lots homogènes de céréales et pouvoir les expédier ensuite par bateau vers les industriels.
Pourquoi privilégier le transport fluvial ?
On peut lister plusieurs raisons, mais une des premières va être la demande de l’industriel. L’industriel préfère recevoir un bateau de 1000 tonnes d’une marchandise qui est bien homogène que de recevoir 35 camions de 30 tonnes qui vont arriver chez lui. Ensuite, il y a l’aspect organisationnel. C’est beaucoup plus facile de gérer un bateau que 30 camions. C’est beaucoup plus facile de gérer la date et l’heure d’arrivée d’un bateau sur une usine que l’heure d’arriver de 30 camions sur la même usine. On sait qu’aujourd’hui, les aléas sur la route pour le transport routier sont vraiment énormes. Il y a des bouchons, des accidents, etc. Finalement les camions n’arrivent jamais à l’heure qu’on a attendu. Donc en termes d’organisation c’est beaucoup plus simple. Si on prend le coût intrinsèque du transport, transporter une tonne de marchandises par camion ou par bateau, le coût est pareil, il n’y a pas vraiment un décalage important. Cependant, plus la distance va être longue, plus le transport fluvial va être intéressant. Un aspect qui est quand même important au niveau du transport fluvial, c’est l’aspect environnemental. Aujourd’hui, toutes les sociétés, que ce soit Walagri ou les autres, travaillent de plus en plus sur des projets de durabilité. Aujourd’hui, le transport par voie d’eau émet beaucoup moins de CO2 que le transport par camion. Donc l’utilité de l’Escaut est très importante pour nous. On peut estimer aujourd’hui que le transport par camion, si on veut transporter une tonne de marchandise sur un kilomètre par camion, on va produire de 75 à 100 grammes de CO2. Si on transporte cette même tonne de marchandise par bateau, on va consommer plus ou moins 10 à 15 grammes de CO2. Ça veut dire que c’est quand même de 8 à 10 fois inférieur en émission de CO2
Êtes-vous impactés par le changement climatique au niveau du transport fluvial ?
On a beaucoup de chance avec l’Escaut, c’est un fleuve où il y a pas mal de barrage de régulation du niveau d’eau. Ça permet de maintenir un niveau d’eau dans L’Escaut qui est assez stable. On n’a pas beaucoup de fluctuation. Même en période de sècheresse, le niveau peut baisser un peu, mais pas de manière très significative. Ça peut arriver d’avoir certains impacts sur la navigation en période de crue. Là on est dans le sens inverse, si on a des crues exceptionnelles et que l’Escaut déborde à certains endroits, alors la navigation fluviale devient règlementée et peut parfois être interdite pendant quelques jours.
Existe-t-il des contraintes liées à l’utilisation de l’Escaut ?
Il y a quelques contraintes, mais qui sont très faibles par rapport aux contraintes routières. La première contrainte, c’est de disposer d’infrastructure. La société qui ne dispose pas d’infrastructure en bordure de l’Escaut va avoir des difficultés à pouvoir travailler avec le fleuve. Nous, on a la chance de disposer d’infrastructure. On a récemment réinvesti à Pecq. On pourrait dire aussi la limite de tonnages comme contrainte. L’Escaut est limité à 2000 tonnes. Il y a pas mal de travaux qui sont prévus et qui ont déjà débuté, qui ont pour but d’augmenter le gabarit du fleuve. Mais là ça passe parfois par une transformation des écluses. On ne navigue pas 24h sur 24 comme on peut rouler 24h sur 24 sur une route. Il y a des écluses qui doivent être actionnées par du personnel et donc il y a pas mal de portions qui sont limitées 6h – 22h. Mais le projet de passer à 24h sur 24 devient de plus en plus d’actualité. On devrait rapidement y passer.