« Explorer les traces qui ont façonné notre société et réfléchir à demain », raconte Clara Louppe
L’univers des archives, un univers peu connu qui cache pourtant des histoires fascinantes et un patrimoine précieux. Le Mundaneum est un des seuls centres d’archives de la Fédération Wallonie-Bruxelles à posséder un espace muséal. Comment cela influence-t-il le quotidien des archivistes ? Comment font-ils vivre leurs documents ?
Le 13 mars 2025, le Mundaneum inaugurait sa nouvelle exposition « Cités des possibles – Des utopies aux réalités de demain ». Un projet qui a vu le jour après deux années de réflexion et de collaboration entre l’asbl et les étudiants de master en Expographie-Muséographie Écoresponsable de l’Université d’Artois à Arras. Celle-ci sera présentée au Mundaneum jusqu’au 11 janvier 2026.
Une occasion parfaite de mettre en avant le quotidien des archivistes et la façon dont ils font vivre les archives. « Notre objectif en tant qu’archivistes, c’est de rendre accessible un fonds d’archives en faisant donc toutes les étapes de traitement », explique Justine Stragier, archiviste au Mundaneum. Le tri, le classement, le conditionnement et les descriptions sont les quatre grandes étapes qui permettent de rendre accessibles les fonds au plus grand nombre. Grâce à ces étapes, les archivistes répertorient les documents, ce qui leur permet par la suite de travailler en collaboration avec les membres de l’équipe publique ou d’autres structures extérieures à la création d’expositions et d’autres projets.
« Chaque jour apporte son lot de découvertes, ce qui apporte quand même un petit truc en plus dans le métier »
Le saviez-vous ? Au Mundaneum, c’est à peu près 6 km d’archives qui y sont conservés, une quantité conséquente de documents dont beaucoup n’ont pas encore été explorés. Un mystère exaltant pour Justine, qui, chaque jour, vient travailler avec passion.
La valorisation constitue une mission essentielle du Mundaneum, d’autant plus renforcée par la présence de son espace muséal. Ce dernier représente un outil exceptionnel pour mettre en lumière les archives, l’histoire et les valeurs de l’institution. « Il faut que les expositions aient un thème qui soit en lien avec nos archives », ajoute Justine. En général, les sujets qu’ils décident de traiter sont des sujets faisant partie de l’inventaire et, lorsqu’ils décident de collaborer avec d’autres structures, il faut que les projets présentés aient du sens par rapport à l’identité du Mundaneum.
« Pour cette nouvelle exposition, nous avons décidé de travailler autour du projet de la Cité Mondiale parce que c’était un des projets de Paul Otlet tellement vaste et intéressant dans toute sa complexité qu’il méritait une exposition temporaire à son échelle », précise Clara Louppe, responsable pédagogique au Mundaneum. En effet, le cœur du projet vient directement des trois fondateurs du Mundaneum : Paul Otlet, Henri et Léonie La Fontaine. Ces derniers avaient pour ambition de créer une cité rassemblant tous les savoirs intellectuels du monde. Une ambition quelque peu utopique, mais qui leur a valu beaucoup de succès.
« Nos expositions temporaires sont l’occasion pour nous de réexplorer nos fonds d’archives »
Après avoir choisi le thème, place à la recherche de documentation. Celle-ci n’a pas manqué sur la Cité Mondiale. Comment les archivistes ont-ils sélectionné les archives qu’ils allaient exposer ? Plusieurs discussions ont eu lieu « on essaye de choisir des archives visuelles, avec des dessins qui soient clairs et pas trop compliquées », explique Justine. Si une archive est presque illisible ou pas assez représentative, elle ne sera pas sélectionnée. L’état du document a également son importance, il faut qu’il soit stable, qu’il n’y ait pas de moisissures et qu’il ne se décompose pas. Si un document est trop fragile, mais qu’il a vraiment de l’intérêt, alors les archivistes réaliseront une reproduction.
Tout un processus pour mettre en avant un héritage « explorer les traces qui ont façonné notre société et réfléchir à demain ».
Parfois, de belles surprises surgissent. Pour l’exposition « Cités des possibles », les documents originaux de Jasinski et Delville, uniques et véritables coups de cœur de Justine, étaient malheureusement trop abîmés pour être exposés. De nombreuses discussions ont eu lieu, tant leur valeur et leur intérêt pour l’exposition étaient indéniables. Et puis, un jour, une solution a été trouvée. « On a eu l’opportunité de pouvoir les restaurer par la Fédération Wallonie-Bruxelles. On n’aurait peut-être pas pu les restaurer sans ça ». Une belle histoire méconnue des visiteurs, mais une grande fierté pour les archivistes.
Après toutes ces étapes de sélection, de préparation et de mise en avant des documents, vient de travail de Clara, la responsable pédagogique. Elle doit s’approprier les archives afin de les mettre en avant et de les rendre compréhensibles au plus grand nombre. « Je fais appel aux archivistes pour qu’ils me donnent cette matière que je vais pouvoir transmettre. Mon rôle, c’est de créer du lien entre l’archive et le visiteur ». Beaucoup de techniques sont utilisées pour mettre en avant les archives dans l’exposition. Des dispositifs ludiques et innovants sont présents dans tout le parcours pour mieux faire comprendre les grandes thématiques. « Selon moi, rien de tel que d’apprendre en s’amusant », ajoute Clara.
Apporter une touche de passé au présent et au futur. Valoriser un héritage rempli de valeurs et de messages. Telles sont les missions que les équipes du Mundaneum font résonner au quotidien dans leur travail. Et celles-ci se font ressentir dans toutes les expositions. Qu’elles soient créées en interne ou qu’elles soient créées en collaboration avec l’extérieur, comme pour l’exposition « Cités des Possibles – Des utopies aux réalités de demain », les archives ont toujours une place importante et cela ne changera jamais.
Lors de l’interview, Justine a sorti quelques documents qui se trouveront pendant un an dans l’exposition. Ces trois archives représentent très bien la vision qu’avait Paul Otlet de la CIté Mondiale.
© Charlotte Durieu
Lors de l’interview, Justine a sorti quelques documents qui se trouveront pendant un an dans l’exposition. Ces trois archives représentent très bien la vision qu’avait Paul Otlet de la Cité Mondiale.
© Charlotte Durieu
© Mundaneum